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Travel

Jérôme Oren - March 2013

 

Depuis Homère nous connaissons la valeur symbolique du voyage : qu’il soit philosophe, commerçant, aventurier, touriste, poète ou étudiant, celui qui prend la route part à la découverte d’un ailleurs rêvé ou sublimé autant que de lui-même. L’expérience vécue favorise l’ouverture au monde et aux autres, laisse des marques indélébiles sur le corps et l’esprit. On ne revient pas tout à fait indemne d’un voyage.



Ulysse, Dante, Gullivers, Sindbad le marin : la figure du voyageur est souvent un homme et la littérature universelle abonde de leurs récits. Mais à une époque où l’on se fait davantage touriste de quelques jours que voyageur aux long cours, l’appareil photo a remplacé la plume pour témoigner du périple accompli.
 

Mascular Magazine, dédié à l’art au masculin, explore dans sa 4ème édition le thème du voyage en y apportant son propre regard. Au fond, alors qu’on parle d’un culture gay quasi universelle, transfrontalière, avec des codes, des rites et des modes qui se correspondent d’un bout à l’autre de la planète, y-a-t-il une expression photographique gay quand il s’agit de témoigner du monde ? C’est à cette question que nous vous proposons de répondre, en compagnie de contributeurs prestigieux, qui se sont intéressés à tous les aspects du voyage : les préparatifs, le transport, les rencontres, la découverte et le retour !
 

Tout voyage ne saurait s’entreprendre sans avoir d’abord boucler son sac ou sa valise. Ce que l’on emporte avec soi pour partir revêt une valeur symbolique, sensé exprimer son statut social ou sa personnalité dans un ailleurs où l’on est un inconnu. Dans “Baggage”, Vincent Keith s’inspire des photos de mode, prêtes à tout pour attirer l’attention, et moque avec son propre style, sobre
et plein d’humour, ce que pourrait être la campagne publicitaire d’une célèbre bagagiste.


Rien ne prédestinait Elodie Fougère à apparaître dans cette édition : c’est une femme qui aime les hommes, mais pas l’avion, dont elle a très peur ! La série “Le Vol” est un rare témoignage, celui d’un voyage effectué dans le cockpit d’un avion de ligne, en compagnie des pilotes. Elodie restitue avec finesse la vie à l’intérieur du poste de pilotage, depuis la vue sur les immenses étendues de nuages jusqu’à la piste d’atterrissage.


Gaétan Rossier prend la route à la rencontre d’une Amérique fantasmée, qu’il ne connaissait qu’au travers d’images de grands photographes américains. “My American Iconography” montre que la réalité dépasse parfois la fiction. La Californie qu’il nous montre est minérale, dépeuplée, désertée et laisse un étrange goût de solitude, comme certains voyages qu’on entreprend.
“Le Train” de Max F. circule sur des rails au milieu de paysages enneigés. Ses photographies en noir et blanc, prises à l’avant du train, sont comme le fruit d’un cheminement intérieur quand, dans le froid de l’hiver, on attend le bout du tunnel, pour que la couleur revienne.


Arrivé à destination, le voyageur solitaire loge provisoirement dans des chambres d’hôtel. Ce n’est que par sa seule présence qu’il donne vie à ces lieux vides et impersonnels, qui se ressemblent tous. Trois photographes offrent dans cette édition de Mascular Magazine leur regard croisé et se mettent en scène dans des séries d’autoportrait, comme pour tromper l’ennui ou la solitude : Sikander en Inde, Giuseppe Rannochiari en Chine et Olivier Vinsonneau en France.
Les voyages sont aussi l’occasion de rencontres. Jean-Christophe HUET consacre depuis plus de 10 ans une partie de son travail photographique aux body builders africain. Sa série témoigne des efforts incroyables auxquels se livrent dans des conditions précaires ces athlètes pour sculpter leur corps, dépasser leur condition et accomplir un rêve. Jéren, sur les plages de Goa, en Inde, rencontre des lifeguards bien éloignés des clichés californiens.


AnthonyL’HuilliernouslivreunportraitdeBronson, camionneur australien rencontré par accident qui accepta de poser nu pour lui, ainsi qu’une série sur des athlètes du Moyen-Orient.
La série d’Igotz Ziaretta, “Made in basque Country” met en scènes de robustes basques coiffés de leur bérêt et apporte une vision corrosive, humoristique et tendre sur ce peuple ancré dans la modernité mais fier de ses traditions. Eenar Kumar photographie ses amants pour ne pas les oublier. La série”Erotic Travelogue” se regarde comme le journal de bord d’un séducteur qui nous dit que la vie est belle, comme ces longues journées d’été et de farniente au bord d’une plage dorée ou d’une piscine bleue. Dylan nous rapporte aussi de superbes images de vacances, quand la vie n’est que douceur, surtout en bonne compagnie.


Dans la série “The Bikers” de Vincent Keith, un court texte accompagne les photos de puissantes motos et de leur conducteur dans des décors post industriels pour illustrer le pouvoir érotique de ces bolides : le bruit d’un moteur, la vitesse et les carrosseries sculpturales fascinent les hommes. Vincent nous le démontre avec conviction. De retour dans son Kansas natal, Robert MacRae aime à parcourir les routes désertes et les vastes étendues pour se resourcer. “No place like home” est un vibrant témoignage de son amour pour cet état d’Amérique, rural et bucolique, en compagnie d’un ami lui aussi photographe dont il tire le portrait dans des paysages sauvages ou inhabités.


On peut aussi entreprendre certains voyages à côté de chez soi, comme la découverte du “London Loop”, que Scott A. Hamilton voulut immortaliser par une série d’autoportrait dans un cadre bucolique et pourtant si proche de la capitale britannique. Il y a de nombreuses façons de voyager, et autant de raisons. Pour Ali Moussa, il s’agit de rejoindre l’être aimé, dans une relation à distance. Sa série en noir en blanc raconte son voyage aller et l’excitation qui va avec, mais pas le retour, trop difficile. 
En fait, l’acte photographique est destiné à immortaliser souvenirs ou émotions. Chacun de nous connaît la nostalgie que provoque la redécouverte de vieilles photos prises lors d’un voyage ou d’un séjour lointain, comme Andrès Hannach qui nous livre une sa série métaphorique, “Well-traveled and unwrapped again and again” , comme Jacinto Caetano qui témoigne dans sa série sur l’Arabie Saoudite du contraste entre traditions islamiques et modernité occidentale.



Chaque voyage laisse une marque indélébile sur la personne qui l’entreprend. C’est ce que semble nous dire Craig Calhoun, qui utilise des photographies prises lors d’un voyage en compagnie de ses parents pour les mixer avec des autoportraits suggestifs, ou Manel Ortega, qui demande à ses modèles de poser avec un souvenir. Nous espérons que vous prendrez autant de plaisir à parcourir cette édition de Mascular Magazine que nous en avons eu à la préparer. Enfin, je souhaite également remercier Vincent keith pour la confiance qu’il m’a témoignée en me proposant de co-éditer ce numéro avec lui !





Ever since Homeric times, we’ve understood the symbolic nature of travel: whether it be a philosopher, business man, adventurer, tourist poet, or student, he who takes to the road leaves in search of the land of dreams of the sublime, and in the end finds himself. The experience opens him to the world and to others, and leaves an indelible mark on both body and spirit. We do not come back unchanged from a voyage.

Ulysses, Dante, Gulliver, Sinbad the Sailor: the figure on a voyage is often a man and all of literature abounds with their stories.In an era where we are more likely to be occasional tourists than long distance voyagers, the camera has replaced the pen as the tool with which we witness our journeys. Mascular Magazine, which is dedicated to masculine art, has chosen to explore the theme of travel in our 4th issue and to bring to the subject our particular perspective. While we may speak of an almost universal gay culture, crossing boarders, with rites, codes and fashions that are shared from one side of the world to the other, is there a gay photographic language we all share when witnessing the world? This is the question we hope to address, with the help and company of our accomplished contributors, who have focused on all the aspects of travel: the preparation, transport, encounters, discoveries and the return home!



You can’t begin a trip without having first closed your bags or luggage. What we take with us when we leave has great symbolic value. It defines our social standing and denotes our personalities in a places that are alien to us and where we are the strangers. In “Baggage”, Vincent Keith is inspired by the world of fashion photography. He pokes fun at its desperate need to attract attention with his own spare but humorous style, and in doing so creates what could be a fashion campaign for a famous baggage company.


There was nothing that suggested Elodie Fougère would appear in this issue – she’s a woman who likes men, but hates airplanes, which scare her terribly! The series “Le Vol” gives us a rare insight, that of a flight seen from the cockpit of a commercial airline and in the company of its pilots. With finesse, Elodie captures life in the pilot’s seat, from the expansive views over the clouds right through to the runway.


Gaëtan Rossier goes on the road to discover a ghostly America that previously he had only known through the works of the great American photographers. “My American Iconography” shows a reality that is sometimes stranger than fiction. The California he shows us is barren, unpopulated, dry and gives you a strange sense of solitude, not unlike some voyages we may have experienced ourselves.
Max F.’s “Le Train” rolls through snow covered landscapes. His black and white photographs, taken from the front of the train, are like the fruit of an inner journey, in the depths of winter, where we wait to see the light at the end of the tunnel - for colors to return. When he’s arrived at his destination, the solitary traveler seeks provisional lodgings in a hotel room. It is only by his presence that these anonymous, empty and impersonal spaces come to life. In this issue of Mascular Magazine, three photographers have put themselves into this context to confront and defeat solitude and ennui: Sikander in India, Giuseppe Rannochiari in China and Olivier Vinsonneau in France.


Travel also creates the opportunity for encounters. For over ten years Jean-Christophe Huet has dedicated himself in part to photographing African bodybuilders. His series explores the incredible lengths to which these athletes go, in precarious conditions, to sculpt their bodies, to escape their conditions and to achieve their dreams.
Jéren, on his beach in Goa, in India, meets lifeguards who are far removed from the Californian clichés. Anthony L’Huillier has given us a portrait of Bronson, an Australian trucker he met by accident and who agreed to pose nude for him, as well as a series on a couple of middle eastern athletes. Igotz Ziaretta’s series “Made in Basque Country” depicts beefy Basque men, wearing their berets and brings to life a challenging though humorous and tender portrait of a people anchored in modern times but proud of their traditions.


Eenar Kumar photographs his lovers so as never to forget them. The series “Erotic Travelogue” feels like the diary of a seducer who tells us that life is beautiful, like those long summer days lazing on a golden beach or by blue swimming pool. Noodles & Beef has also brought back his superb vacation photos, where life is lovely, especially in good company.


In Vincent Keith’s “The Bikers”, photos of powerful motorcycles and their riders in post industrial landscapes accompany the words of the bikers to reveal the sexually charged power in these machines: the sound of the engine, speed and the sculptured bodies are fascinating to men. Vincent brings it all to life with conviction. Back home in his native Kansas, Robert MacRae loves to explore deserted roads and vast landscapes to recharge himself. “No Place Like Home” is a vibrant exploration of his love for this rural and bucolic American state, accompanied by a fellow photographer whose portraits he has taken in this wild and uninhabited landscape.


We can also undertake a voyage closer to home, such as the one uncovered in “London Loop” which Scott A. Hamilton wanted to immortalize with a series of self-portraits in a bucolic setting, and yet so close to the British capital. There are numerous ways to travel, and just as many reasons for doing so. For Ali Moussa, it’s about rejoining the one he loves, in a long distance relationship. In his black and white series he tells us the story of his outbound trip, and the excitement that goes along with it, but not of the return, that’s too hard. In fact, the act of taking a photograph is meant to immortalize memories and emotions. We’ve all experienced the feelings of nostalgia that arise when we rediscover old photos taken on a trip or in a time long ago, just as have Andrès Hannach who has submitted his metaphorical series “Well– travelled and Unwrapped Again and Again”, or Jacinto Caetano who in his series “Middle East” explores the contrast between traditional Islamic and modern western culture in Saudi Arabia.


Every voyage leaves an indelible mark on the person who has undertaken it. That seems to be what Craig Calhoun is saying, using photographs taken on a trip with his parents and mixing them with his suggestive self-portraits, or Manel Ortega, who has asked his models to pose with their souvenirs.

We hope that you take as much pleasure in exploring this issue of Mascular Magazine as we have had in preparing it. Finally, I would like to thank Vincent Keith for the confidence he placed in me by asking that I co-edit this issue with him!

 
 
 
 
 
 
 

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